30.11.2008
Les hommes, des animaux et des plantes

"L'humanité s'installe dans la monoculture; elle s'apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave". Tristes tropiques-1955
Claude Lévy-Strauss a eu 100 ans le vendredi 28 novembre.
Cet homme, personnalité complexe, est le plus grand ethnologue et anthropologue du monde, un savant parfait, disent certains.Un géant de la pensée, un homme bon, un écologiste avant l'heure.
Il représente un courant majeur dans l'anthropologie, l'anthropologie structurale, qui s'est trouvé par ailleurs confronté à une conception empiriste, sociale, de l'anthropologie anglo-saxonne, britannique particulièrement.
Claude Lévy-Strauss a jeté des ponts entre la philosophie et les sciences de l'homme. Il s'est attaché à montrer ce qu'il en coûtait à l'homme de s'écarter de sa nature.
En d'autres termes, le droit exhorbitant qu'il s'est attribué de disposer, à sa guise, du vivant, de la planète, de l'animal, aura un prix : il sera la dernière victime.
Pour Claude Lévy-Strauss, le respect de l'homme envers ses pareils n'est qu'un aspect particulier du respect à l'égard de toutes les formes de vie.
Je te livre un extrait d'un article publié en 2001 qui s'intitule "La leçon de sagesse des vaches folles".
Interpellé par cette monstruosité que fut l'alimentation du bétail en farine animale (nous avons transformé alors les bovins en cannibales), il écrivait ceci :
"Le lien entre l'alimentation carnée et un cannibalisme élargi jusqu'à lui donner une connotation universelle a donc, dans la pensée, des racines très profondes.
Il ressort au premier plan avec l'épidémie des vaches folles puisque à la crainte de contracter une maladie mortelle s'ajoute l'horreur que nous inspire traditionnellement le cannibalisme étendu maintenant aux bovins.
Conditionnés dès la petite enfance, nous restons certes des carnivores et nous nous rabattons sur des viandes de substitution. Il n'en reste pas moins que la consommation de viande a baissé de façon spectaculaire.
Mais combien sommes-nous, bien avant ces événements, qui ne pouvions passer devant l'étal d'un boucher sans éprouver du malaise, le voyant par anticipation dans l'optique de futurs siècles?
Car un jour viendra où l'idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu'aux voyageurs du XVIe ou du XVIIe siècle, les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains.
La vogue croissante des mouvements de défense des animaux en témoigne : nous percevons de plus en plus distinctement la contradiction dans laquelle nos moeurs nous enferment, entre l'unité de la création telle qu'elle se manifestait encore à l'entrée de l'arche de Noé, et sa négation par le Créateur lui-même, à la sortie."
10:18 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.07.2008
Les poissons ne sont pas des légumes et Paul Watson est un gars formidable
J'ai remis la main sur un entretien que le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd Conservation society avait accordé à nos amis de l'Association suisse pour le végétarisme et publié sur leur site vraiment très sympa à visiter (http://www.vegetarisme.ch/).
A l'époque, SSCS préparait sa campagne de l'hiver 2007, l'opération LEVIATHAN.
Il s'agit à chaque fois de s'interposer entre la flotte baleinière japonaise et les cétacés.
Mais Paul Watson ne parle pas que de ça. Voici donc quelques chouettes extraits de cet entretien.
Pour quelle raison avez-vous ressenti ce fervent intérêt pour les mammifères marins? Et quand avez-vous décidé de leur consacrer votre vie?
J’ai grandi dans un village de pêcheurs de la côte est du Canada. Quand j’ai eu 8 ans, j’ai sauvé deux homards que j’ai recueillis et que j’ai continué de soigner à la maison. A 10 ans, j’ai été pris d’amitié pour un castor, que des trappeurs ont tué.
Alors, en guise de représailles, j’ai suivi les pistes de leurs trappes, libérant les animaux piégés et détruisant les pièges. Comme enfant, j’ai été membre d’un club du nom de ‘Kindness Club’, qui encourageait les enfants à se montrer aimable envers les animaux.
Quand j’ai eu 18 ans, j’ai co-fondé le groupe appelé ‘Don’t Make a Wave Committee’ qui, en 1972, devint la Fondation Greenpeace.
J’ai quitté Greenpeace en 1977 pour créer la ‘Sea Shepherd Conservation Society’.
Bergers des mers n’est pas un groupe de protestation mais d’intervention. Nous nous opposons à l’exploitation illégale de la vie marine.
A quel moment avez-vous pour la première fois navigué en tant que ‘Sea Shepherd Foundation’ et quelle a été votre première mission?
J’ai fondé la Sea Shepherd Conservation Society en août 1977. Notre premier bateau, le Sea Shepherd a été acheté en octobre 1978 et notre première campagne date de mars 1979 lorsque nous sommes intervenus contre la tuerie des phoques par les Canadiens. Notre deuxième campagne date de juin et juillet 1979 lorsque nous avons chassé, éperonné et endommagé la baleinière pirate Sierra au large des côtes du Portugal.
Quelle a été votre raison personnelle pour ne pas manger de la viande et du poisson?
Ma préoccupation première a été pour les poissons. Je suis un partisan de la conservation des océans et cela m’a toujours frappé que les humains chassent et tuent des animaux marins sauvages dans de telles proportions.
Les gens ne toléreraient pas une tuerie aussi massive d’animaux sauvages terrestres comme ils le font à l’encontre des animaux marins.
Les poissons sont essentiellement de la viande de ‘brousse’. Beaucoup de gens pensent qu’il est déplorable que les Africains de l’Ouest tuent et mangent des gorilles, des chimpanzés, des lions et des girafes de la brousse africaine, mais en même temps estiment tout à fait acceptable de chasser et tuer des requins, des espadons, des thons et d’autres espèces marines.
Beaucoup de poissons sont des animaux qui ont une longue vie. Les flétans peuvent vivre 150 ans, les ‘orange roughy’ n’atteignent pas leur maturité sexuelle avant 45 ans. Les homards peuvent vivre jusque 200 ans. Malgré cela, nous accordons peu d’importance à découper en morceaux un poisson très jeune ou dans les premiers temps de sa vie, tout cela pour un sandwich au thon ou une salade de homard.
Plus de 50% des poissons pêchés en mer sont donnés comme nourriture aux animaux terrestres.
Nous avons transformé les vaches, les moutons, les poulets et les cochons en mangeurs d’animaux provenant surtout de la mer.
Ceci n’est pas seulement une pratique perverse et non naturelle, mais elle contribue aussi massivement à la diminution de la faune marine. Par conséquent, et pour répondre à votre question, je ne mange pas de viande pour sauver les poissons.
Ma femme est végane depuis vingt ans, et moi-même je fais aussi la cuisine de sorte que je suis devenu un bon cuisinier végan. A mon avis, les repas végans sont plus variés, plus inventifs et plus savoureux que ceux à base de viande et de poisson.
Les mises en garde contre les excès de la pêche s’intensifient de mois en mois. Il devient évident que certaines espèces de poissons ont atteint un point proche de l’éradication et il est clair que dans certains cas un moratoire serait même trop tardif. Que pensez-vous de la pêche dite durable?
Une pêche durable n’existe pas. Je déteste le mot ‘durable’. Il justifie l’exploitation, comme d’habitude. Il n’existe nulle part au monde de pêche commerciale durable. L’industrie de la pêche a éradiqué 90% des poissons dans les océans. C’est une situation malsaine. Nous devons mettre fin à l’exploitation commerciale massive des populations animales sauvages dans les océans.
Comment jugez-vous l’explosion du nombre de fermes d’élevage aquatiques? Cela peut-il freiner la diminution des espèces de poissons sauvages?
Absolument pas. Quelque 50 poissons pêchés en mer sont nécessaires pour élever et nourrir un seul saumon d’élevage. La culture aquatique de crevettes en Equateur a détruit de vastes estuaires et étendues marécageuses et nombre de mangroves dans ce pays.
C’est une cause majeure de la diminution des populations naturelles de poissons. En outre, les fermes d’élevage de poissons attirent les prédateurs marins qui sont alors abattus en grand nombre par les fermiers qui les qualifient de «pestes.» Les fermes d’élevage aquatique ne sont pas la solution aux excès de la pêche, c’est au contraire un stress et un poids supplémentaires qui frappent les populations de poissons sauvages dans les mers.
Beaucoup de gens mangent moins de viande rouge mais davantage de poisson. Certains vont même jusqu’à penser que l’humanité sera condamnée si elle ne pouvait plus consommer de poisson. Quelle est votre opinion à ce sujet?
Les poissons vont certainement sombrer à cause de l’humanité. Nous sommes littéralement en train d’amener les poissons au bord de l’extinction et pire encore. J’ai toujours trouvé risible que les gens pensent qu’ils peuvent manger du poisson tout en se disant végétariens. Les poissons ne sont pas des légumes, ce sont des animaux, des animaux sauvages.
Dans notre monde où tout est lié, la disparition d’une espèce a une influence sur beaucoup d’autres. A votre avis, quelles seraient les conséquences écologiques si une espèce de baleine après l’autre venait à disparaître?
Si nous ne parvenons pas à sauver les baleines, nous ne sauverons pas les océans, et si nous sauvons pas les océans nous ne pourrons pas nous sauver nous-mêmes.
Et quelle est votre réaction au fait que les baleines, des animaux non humains qui ont peuplé la planète bien avant les humains, soient massacrées, avec la bénédiction officielle et même la protection de certaines nations?
Les humains sont des prédateurs en tant qu’espèce, mais ce qui est plus inquiétant, c’est que cette espèce humaine se comporte comme si elle était au-dessus des lois de l’écologie. Toute espèce qui ne vit pas en conformité avec les lois écologiques est une espèce en voie de perdition et d’extinction.
Nous devons vivre conformément à la loi régissant la diversité et l’interdépendance et celle de la limite des ressources. Nous devons préserver la diversité et valoriser l’interdépendance et aussi réaliser qu’il y a des limites à la croissance.
Comme nous l’avons vu, le mot ‘sanctuaire’ n’a pas grande signification de nos jours. Les pêcheurs et les chasseurs de baleine font en gros ce qu’ils veulent. Quelles sont les perspectives relativement à un soutien international pour que les sanctuaires soient protégés efficacement par des autorités neutres comme les organisations non gouvernementales, les corps de police nationaux ou la Marine?
Il y a pléthore de lois et règlements internationaux, qui ne sont pas appliqués. Il y a des centaines de sanctuaires marins, mais peu d’entre eux sont de vrais sanctuaires, qui ne sont pas seulement des noms. Il semble qu’il y ait une absence de volonté au niveau international ou de motivation de la part des gouvernements nationaux d’appliquer les lois et de protéger les sanctuaires.
Les corporations de pêche manient habilement l’argument financier et les politiciens et les bureaucrates se laissent aisément séduire par cet aspect. Il y a de grands enjeux financiers liés au pillage des mers et peu de motivation pour les protéger.
Vous êtes un expert de la faune marine. Quel avenir, si toutefois il y en a un, les poissons et mammifères marins ont-ils dans des océans sillonnés par les chalutiers et si fortement pollués par les produits toxiques et le bruit?
Aucun avenir, et si la vie dans les mers n’en a pas , alors nous n’en avons pas non plus. Les océans nous donnent bien davantage que de la nourriture. Ils sont la source de 80% de notre oxygène. Ils alimentent l’air que nous respirons. Nous pouvons bien survivre sans manger du poisson, mais nous ne pouvons pas survivre sans oxygène.
La diminution du nombre de baleines, ajoutée au réchauffement de la planète et à la diminution de la couche d’ozone, a des conséquences irréversibles pour l’éco-système marin.
L’oxygène produit par le phylo-plancton peut diminuer par le déséquilibre déclenché par l’extinction massive des poissons et l’extermination des baleines.
Nous devons abolir l’exploitation commerciale de la faune marine. Les gens doivent arrêter de consommer du poisson. Certains verront dans cette déclaration une proposition radicale, mais elle est en réalité une condition de la conservation. Si nous continuons de piller brutalement la faune marine et la souiller, les océans vont mourir, et cela se produira prochainement.
09:35 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.07.2008
Pour l'homme moral, la vie est sacrée en elle-même

"En secourant par exemple un insecte
qui se trouve menacé,
je ne fais rien d'autre que d'essayer de restituer
aux animaux dans leur ensemble
un peu de la dette coupable, toujours renouvelée,
que les hommes ont contractée envers eux."
Albert Schweitzer-La civilisation et l'éthique
(1875 -1965)
Médecin, théologien protestant et musicologue français
Prix Nobel de la paix 1954
11:28 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.07.2008
Danse avec les poules ! Ou la vie singulière d' Emma McKay
A Norwich (Norfolk, Angleterre), pour des centaines de poules pondeuses, il y a un avant et un après dans leur vie.
Avant, c'est la détention en batterie, dans des conditions effroyables, pattes sur un support grillagé, pour pondre et pondre et pondre en attendant la 'réforme', triste euphémisme qui signifie le transport vers l'abattoir.
Cette issue fatale intervient après une année de production intensive.
Après, c'est de pouvoir voir, pour la première fois depuis leur naissance, le soleil, c'est d'avoir la possibilité d'agiter les ailes, c'est le plaisir de se percher et de gratter un sol bien feme.En définitive, d'avoir une vie normale de poule.
Les poules qui ont la chance de connaître cet après, elles la doivent à Emma McKay, femme de 37 ans, 3 enfants, un mari, Julian.
Depuis 3 ans, environ une fois par mois, Emma est prévenue par le propriétaire d'un élevage industriel de la région, colossale unité de machines à pondre (40000 volatiles), d'un envoi immiment de poules 'réformées' vers l'abattoir.
Elle part aussitôt avec quelques proches à bord de son véhicule utilitaire pour en ramener le plus possible et, à l'aide d'une centrale de coordination, les dirige vers des familles d'accueil purement volontaires.
Ce samedi là, Emma en a sauvé plusieurs centaines ! Dans son jardin, en permanence, 300 poules attendent d'être adoptées.
Ce samedi là, la queue des personnes qui se sont proposées pour repartir avec une ou plusieurs poules réchappées de l'enfer s'étale du pas de la porte de la maison d'Emma McKay jusque dans la rue. L'émotion est palpable, l'agitation augmente au fur et à mesure que les têtes aperçoivent, derrière le muret du jardin, les bestioles s'ébrouant, un peu hagardes et assurément dans un sale état.
L'attente est telle que les gens ont largement le temps de chercher un petit nom pour la future adoptée.
Emma en est malade, à chaque fois, de ne pas pouvoir sauver toutes les poules qui sont destinées à l'abattoir. Son travail a un côté 'Liste de Schindler', dit-elle mais elle se force à ne penser qu'aux animaux 'élus'.
Emma n'en veut pas au propriétaire de cet élevage concentrationnaire. Il fait partie d'un système dont la clé de voute est le consommateur lambda, celui qui consomme et mange des gâteaux, des crêpes, des brioches, des pâtes, de la mayonnaise, tous ces produits fabriqués avec des oeufs de poules élevées en batterie.
Emma sauve des poules mais tout le monde, à son niveau, même modeste, peut en faire autant en veillant à acheter des produits élaborés avec des oeufs de poules élevées en libre parcours ou selon des normes biologiques.
Ce qui est curieux, c'est que les volailles secourues et rendues à une existence digne et entourée de bienveillance, voire d'affection, se remettent vite de leurs épreuves et redeviennent les poules pondeuses généreuses en oeufs qu'elles étaient alors.
J'allais oublier... Emma, en dehors de cet investissement, travaille. Elle a un métier. Elle est infirmière en milieu hospitalier.
Tu imagines les bonnes journées que ça lui fait ?
Au titre de cette activité bénévole, Emma est donc coordinatrice régionale d'une fondation créée il y a 5 ans par Jane Howorth qui, appuyée par un réseau de correspondants, se consacre au secours, au placement des poules pondeuses et bien sûr à la sensibilisation au problème de l'élevage en batterie.
Cette association s'appelle la Battery Hen Welfare Trust.
A l'heure où j'écris ces lignes, ce sont 88755 poules qui ont été déposées chez des particuliers charmants.
Oui, tu as bien lu ! 88755 bestioles plus ou moins déplumées, plus ou moins abîmées, qui ont été sauvées de l'abattoir.
Le site : www.bhwt.org.uk
Tu y trouveras des photos délicieuses, des possibilités de soutien, des infos et une inscription à la newsletter.
19:09 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.06.2008
Dans les yeux de Jane Goodall, la même flamme
L'atmosphère saturée d'humidité bourdonnait de chaleur. La saison des pluies avait commencé. Comme tous les jours, j'avais été chercher mes magazines (La vie des bêtes, Pilote, le journal de Tintin, Strange...).
Il arrivaient 20 jours après leur parution en métropole.
Une lecture; et la découverte de Jane Goodall qui, sous l'autorité bienveillante du docteur Louis Leakey, paléo-anthropologue, avait consacré sa vie à la primatologie.
Circonstances tout à fait ordinaires. Mais décisives ? En un sens oui.
Tu comprendras mieux si je te précise que j'ai passé le premier tiers de ma vie présente en Afrique noire. D'ailleurs, je suis né à quelques kilomètres de l'équateur, le parallèle, pas le pays. Au Gabon.
Ensuite, j'ai pas mal crapahuté, des régions sahéliennes aux forêts tropicales. De l'Ogoué à la lagune d'Abidjan.
Les animaux étaient sauvages avant d'être domestiques. Tu rencontrais plus facilement des gazelles et des singes grivets que des moutons ou des chats angoras.
A cette époque, je ne savais pas que Jane Goodall était végétarienne. Moi, je l'étais depuis l'âge de 5 ans.
Mais je l'admirais, elle et Dian Fossey, pour leur engagement en faveur des grands singes.
Jane s'intéressait plus spécialement aux chimpanzés, dans la réserve de Gombe en Tanzanie.
Dian, c'était les gorilles, au Rwanda.
Leurs travaux effacaient les frontières entre l'homme et l'animal. Le propre de l'homme ne voulait presque plus rien dire.
Comme un con, je n'ai pas forcé les opportunités de me rendre sur les lieux de leurs exploits quand je suis allé en Afrique de l'est (Kenya, Tanzanie, Rwanda, frontières du Zaire et du Burundi) 10 ans plus tard.
Je devais avoir d'autres préoccupations, je suppose, pour rater ça.
Jane se porte bien. A 74 ans, elle abat un travail considérable.Jamais de répit.
Elle vient de terminer un livre : Nous sommes ce que nous mangeons, Editions Actes Sud.
A cette occasion, elle a accordé au toujours très plaisant magazine Terre sauvage (numéro 239 de juin reçu hier) un entretien époustouflant.
Je t'en livre quelques extraits.
Dans votre dernier livre, Nous sommes ce que nous mangeons, vous traitez de problèmes de société...
Parce que tout est lié ! Lorsque vous vous préoccupez du sort des animaux dans les forêts tropicales, vous vous rendez rapidement compte que l'on coupe les arbres pour que vous puissiez rouler dans votre voiture.
Ou manger de la viande.
Car la production de viande, qui est en forte augmentation dans lemonde, en particulier en Chine, porte également préjudice à l'environnement : il faut bien nourrir le bétail de toutes ces fermes intensives !
Savez-vous à combien se monte la part des récoltes mondiales servant à nourrir les animaux ? Au tiers, peut-être même à la moitié !
Avez-vous visité des élevages industriels ?
Non. J'ai vu assez de photos et de vidéos. Et mon imagination a fait le reste. La torture, je peux la sentir rien qu'en fermant les yeux.
Ressentez-vous pour les animaux ce que vous ressentiriez pour un être humain ?
Absolument ! C'est pourquoi je comprends que les militants de la cause animale puissent avoir recours à la violence.
Les premières photos d'élevages industriels, on les a obtenues ainsi.
Et, à l'époque, cela valait le coup, on a ouvert une brèche. Mais aujourd'hui, la violence peut-être contre-productive, bien que je ne puisse m'empêcher d'admirer ces "bergers de la mer" (Sea Shepherd Conservation Society, l'association de P.Watson) qui, comme Greenpeace, s'opposent à la chasse à la baleine.
Là, peut-être, la violence mérite-t-elle la violence.
Mais comment convaincre des gens, persuadés que c'est bon pour la santé, de ne plus manger de viande ?
En leur disant qu'ils consomment des produits issus de la cruauté infligée à des animaux gavés d'antibiotiques et d'hormones de croissance, que l'élevage industriel pollue nos rivières, que l'on gaspille une énergie folle à transformer des protéines végétales en protéines animales, que l'on rase des pans entiers de forêts primaires pour créer des pâturages et des champs de céréales destinés à nourrir les animaux d'élevage.
La quantité de céréales que l'on fait pousser pour engraisser une seule vache nourrirait tout un village africain pendant un an.
Oui, juste une vache !
13:03 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
31.05.2008
Ofir Drori, t'es vraiment un crack !
Ofir Drori, quand il veut traverser une rue, il a plutôt intérêt avant à regarder précautionneusement vers sa droite et vers sa gauche.
Le nombre de personnes qui seraient soulagées qu'il ait un accident bête (ou qu'il ramasse une balle perdue) est élevé.
Ofir Drori est fort, très fort. Ofir Drori est magistral, sympa, solide.
J'ai appris son existence en visitant le blog de Michelle. Un article tiré de l'hebdo Le Point parlait de cet homme hors du commun qui a créé, en décembre 2002 au Cameroun, une association dénommée LAGA (Last Great Apes organisation), à savoir, l'Organisation pour la Défense des Derniers Grands Gorilles.
Ofir Drori est israélien. Baroudeur invétéré, il a posé ses maigres bagages à Yaoundé pour s'engager dans la défense des grands singes (Gorilles, chimpanzés) d'une façon originale et percutante (et dangereuse).
Faisant le constat, partagé par beaucoup, que l'insuffisance des moyens financiers et matériels, humains (en cadres techniques, en rangers), la corruption, font que les mesures législatives pourtant très protectrices n'empêchent pas le braconnage et le trafic à grande échelle, il s'est décidé à faire appliquer la loi et les sanctions qu'elle prévoit.
Il a ainsi constitué une équipe d'une douzaine de personnes. Enquêteurs, juristes, chargés en communication sont à l'affût de tous les réseaux, même des plus modestes, de trafiquants.
Ils tendent des pièges en se faisant passer pour des acheteurs d'ivoire, conduisent des infiltrations, vont perquisitionner accompagnés de policiers intègres dans des maisons où ils trouvent des congélateurs remplis de viande de gorille, interpellent lors de flagrants délits, vérifient que les braconniers ont bien été incarcérés et non relaxés à la suite de versements de pots-de-vin, assistent les magistrats camerounais dans le déroulement des procédures judiciaires etc.
Rien qu'en 2007, son équipe a mené 210 enquêtes ayant débouché sur 43 procès (suivis, pour 87% d'entre eux, de peines de prison).
Parmi les objets saisis : 1220 perroquets gris à l'aéroport de Douala (valeur 800 000 dollars), un hippopotame vivant de 600 kilos en partance pour le Pakistan, plusieurs centaines de kilos d'ivoire, des dizaines de peaux de lion et de panthère, mais aussi des mains et des têtes de gorille, et plusieurs bébés chimpanzés.
365 communiqués de presse ont été publiés (ça permet de faire la publicité sur les arrestations et éviter que les dossiers "s'enlisent").
Au Congo comme au Cameroun et dans la plupart des pays africains, la volonté politique de sauvegarder des espèces en voie d'extinction existe mais elle se traduit difficilement sur le terrain.
Même appuyée par des organismes comme la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species), les Nations-Unies, de grosses ONG comme l'IFAW, cette volonté peine à remplir ses objectifs.
Le braconnage (peaux, ivoire, viande, spécimens pour les zoos, les cirques) est vigoureux car la demande est soutenue. Les réseaux sont puissants. Internationaux. Les enjeux financiers sont importants.
Tu penses bien que ces trafics dégueulasses ramènent beaucoup de fric.
Ofir Drori doit en déranger plus d'une, de ces mafias spéciales.
Le travail d'Ofir Drori complète celui des autres associations qui protègent les habitats naturels, informent, sensibilisent, soutiennent, financent ou gèrent des programmes de conservation, aident l'action des patrouilles anti-braconnage.
Le mieux, c'est que tu ailles sur le site de l'association.
C'est en anglais et il y a des images dures parfois. Mais ça vaut le coup, crois-moi. Les rapports d'activité sont à la disposition de chacun.
http://www.laga-enforcement.org/
11:17 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.05.2008
L'oeil du cachalot sera à Paris !
Amis parisiens et franciliens, vous ne mesurez pas la chance que vous avez !
Paul Watson, fondateur de l'association Sea Shepherd Conservation Society (et de Greenpeace, qu'il a quitté en 1977, car dégoûté des dérives bureaucratiques et mercantiles) est un homme hors du commun.
Je n'ai pas l'habitude de m'incliner devant des personnalités mais en l 'espèce, fréquenter ce gars est un vrai privilège.
Eco-guerrier téméraire, flibustier écolo au grand coeur, militant radical de la cause animale, c'est un seigneur.
Détesté par les tueurs des océans, vénéré par les défenseurs du vivant.
Le Capitaine Paul Watson sera à Paris le samedi 7 juin 2008,
Conférence à 14.30 dans l'amphithéâtre 55 de la Faculté des Sciences de l'Université de Jussieu - Paris VI
(dans le 5e arrondissement - Métro Ligne 7 & 10 - station Jussieu)
La conférence sera suivie d'un buffet végétarien informel (salle J7 de la tour 44/55)
où le Capitaine Watson se prêtera volontier au jeu des questions.
L'entrée est libre, l'équipe de Sea Shepherd France vous y attend nombreux!
13:01 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.05.2008
Nelson Monfort est un chic type
Après une bonne journée de grève et de manif, bien rincé, au propre comme au figuré, j'ai à peine eu le temps de finir de parcourir le dernier numéro d'Animaux Magazine, le mensuel de la SPA, déposé ce jour dans ma boîte à lettres que de suite, je me suis dit : mon gars, ta journée se termine plutôt cool.
Et comme j'aime partager, j'avais ce qu'il me fallait.
Nelson Monfort, tu connais, je suppose ? Commentateur sportif exubérant, parfaitement bilingue, spécialiste il me semble du patinage artistique et des disciplines athlétiques aux JO et autres compétitions d'envergure.
Et aussi un grand ami des animaux. Pas faux derche comme d'autres, qui ménagent leur notoriété en pratiquant la langue de bois version châtaigniers de Lozère.
Un chic type. L'entretien fait 2 pages. Nelson Monfort réprouve totalement la chasse. Loisir détestable, qu'il dit, maintenu par un lobby puissant jouant des intérêts électoraux.
La corrida ? Insupportable ! Il demande l'abolition pure et dure de cette distraction sadique.
A la question de savoir si, dans le cadre de ses obligations professionnelles, on lui demandait de commenter une corrida et quelle serait sa réaction, il répond : " Très clairement non, non et non".
L'expérimentation animale ? Opposant déterminé, il est proche de l'association Pro Anima, qui travaille à supprimer le recours à ces expériences cruelles et inutiles.
Un chic type je te dis.
21:50 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.04.2008
Yves Rénier et le gros chat de l'Atlas
Il était juste un pauvre lion.
Ceux qui l'appelaient le roi de la savane se foutaient de lui, bien sûr. Puisque roi de rien, à part de sa cage (14 m2, étroite et sans litière).
Un pauvre bougre de 6 ans qui partageait un sort indigne avec son compère, un babouin, enfermé dans une cage encore plus minuscule.
Prisons infâmes, cirque de merde. Peut-être n'avait-il plus de quoi payer quoi que ce soit puisqu'il avait décidé de poser le chapiteau et les roulottes, définitivement, à Saint-Denis-d'Authou (Eure-et-Loir), près de Nogent-le-Rotrou.
Détenues dans ces conditions misérables, les deux bestioles dépérissaient.
Le cirque Vitalis, puisque c'est de lui dont il s'agit, avait décidé de passer outre la décision des autorités lui interdisant la détention d'animaux sauvages, car incapable de respecter les normes en vigueur.
Les services vétérinaires, l'ONCFS, lui étaient tombé dessus.
En juin 2007, plus de certificat de capacité. Plus le droit de détenir d'animaux sauvages.
Ce cirque familial crevait la dalle depuis des années mais en même temps, on n'allait pas pleurer.
C'est comme s'il fallait s'apitoyer sur le destin d'un proxénète à qui on avait retiré ses gagneuses.
Tout ça pour dire qu'en décembre 2007, la SPA, par l'action même de Caroline Lanty, sa présidente, d'Yves Rénier, l'acteur et de la Fondation Assistance aux Animaux, les 2 malheureux ont été saisis et extraits de cet univers glauque et crasseux.
Le lion, Brutus, est allé se retaper à l'Arche, refuge réputé. Son poteau le babouin est parti pour les Pays-Bas où il a été accueilli comme un pape.
Dans quelques jours, le 24 avril, Brutus va s'envoler vers un pays qu'il n'a jamais connu et qu'il n'aurait jamais pensé connaître : l'Afrique du Sud !
Car c'est un lion de l'Atlas.
En semi-liberté car ce gros chat n'a connu que la geôle.
En effet, la SPA a trouvé des sous donnés par des gentils donateurs pour payer le voyage du lion à destination du sanctuaire de Shamwary, l'un des 2 parcs gérés par la Born Free Foundation dans ce pays.
Et surtout, Yves Rénier a parrainé l'opération, lui assurant publicité et financement.
Brutus a repris du poids et fait désormais dans les 300 kg.
Bon voyage mon gars
Nota :
Le site du refuge : http://refuge-arche.org/
Et les news du sanctuaire de Shamwary : http://www.bornfree.org.uk/campaigns/big-cats/big-cat-res...
La photo du babouin est empruntée à l'indispensable site de l'association Code Animal.
09:03 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.04.2008
La vraie bonté de l'homme
(Hindustan Times/ Himanshu Vyas)
On va souffler ! Mes derniers articles avaient fait dans l'âpre et le vilain et c'est vrai que ça porte au moral.
Aujourd'hui, que des bonnes choses douces à l'âme.
La photo que tu vois plus haut, elle a reçu une récompense. Du genre meilleur cliché de l'année de la presse indienne.
Elle est explicite. Cette femme allaite, à la fois, un faon orphelin et son enfant.
Et je peux t'assurer que ce n'est pas du cinéma...de la mise en scène... ou un concours de circonstances exceptionnel.
Si tu butines intelligemment sur Gougueule, tu en trouveras plein, des photos ou des gravures semblables.
Car cette femme appartient à une société traditionnelle pour qui ce comportement tombe sous le sens.
Je ne te fais pas languir davantage et je t'informe que cette société est celle des Bishnois, vivant dans la province du Rajasthan (nord-ouest de l'Inde). Si je te dis Jodhpur ou Jaipur, tu situes mieux ?
Mais ces gens sont présents aussi dans le Punjab et même à Delhi.
Depuis près de 500 ans, les Bishnois ont une règle de vie qui peut être résumée (grossièrement) comme suit : ne pas faire de mal à une mouche, ni à un chien, ni à un singe, ni à une biquette, ni à n'importe quel être vivant sensible.
Ils sont bien sûr strictement végétariens. Ils affirment que l'homme et l'animal sont faits pour vivre en totale harmonie.
A ce titre, ils n'ôtent pas la vie d'une bestiole pour se nourrir, se distraire ou passer leurs nerfs.
Le plus remarquable, c'est qu'ils n'autorisent pas davantage l'abattage des arbres qui poussent dans cette région passablement ingrate.
Pas seulement parce qu'ils ont une conscience écologique incroyablement pointue (conscience dont étaient dépourvus, à l'inverse, les pascuans, ces habitants de l'Ile de Pâques qui ont enlevé la totalité du couvert végétal pour permettre le transport de leurs statues colossales et qui n'ont pas survécu à cet écocide) mais également par respect du vivant.
C'est pour cette raison que cet endroit aride accueille, en dépit de toute vraisemblance, une formidable biodiversité sauvage.
Les Bishnois, tu as pigé, sont des adeptes de la non-violence absolue à l'égard de l'ensemble du règne du vivant.
Entraide, solidarité, amour, respect entre tous les maillons de la grande chaine de la vie.
Le Bishnoisme (http://www.bishnoism.com ) n'est pas une religion ni une secte et encore moins une église. C'est ce qui syncrétise les 29 principes (Bish = 20 et Noi = 9) qui régissent la vie et l'histoire de cette communauté dont on estime les membres à un peu moins d'un million.
Moi qui mets des plombes à passer le balai dans la maison car veillant à ne pas esquinter les araignées toutes fragiles qui se planquent sous les meubles, moi qui examine les soucoupes recueillant l'eau de pluie pour en extraire les quelques invertébrés qui ont eu la malchance de tomber dedans, je me dis que j'irais bien faire un tour du côté des Bishnois.
PS : l'idée de cet article, elle m'est venue en visitant, comme tous les jours, le site EVANA. Salut les amis !
04:55 Publié dans Des mecs (et des bestioles, oui, oui) biens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



















